
Les fonctions exécutives (FE), définition :
Nous entendons de plus en plus parler des fonctions exécutives mais il est parfois compliqué de comprendre exactement ce qu’elles sont et à quoi elles servent. Alors tentons d’y voir plus clair…
Les FE sont responsables de l’autorégulation. Elles englobent un ensemble de processus intentionnels interdépendants nous permettant d’adopter des comportements complexes et déterminés orientés vers un objectif. Elles interviennent lorsque les processus automatiques ne sont plus suffisants ou sont inappropriés, par exemple lors d’une situation nouvelle ou complexe. Elles sont indispensables lorsqu’une situation nous demande de la concentration et de la réflexion ou lorsqu’il est nécessaire d’inhiber une impulsion. Cette autorégulation est généralement appelée « contrôle exécutif » ou « contrôle cognitif » (Anderson, 2002 ; Chevalier, 2010 ; Diamond & Lee, 2011).
Les principales FE que l’on retrouve le plus dans la littérature sont (Diamond & Lee, 2011 ; Chevalier, 2010) :
- L’inhibition qui permet de contrôler ses impulsions, stopper des comportements, rester concentré en faisant abstraction des distracteurs présents dans l’environnement, ou encore de contrôler ses pensées.
- La mémoire de travail (mise à jour) qui permet de garder ) l’esprit une information durant un laps de temps déterminé (pour retenir un numéro de téléphone en attendant de trouver de quoi le noter par exemple)
- La flexibilité cognitive qui permet de changer de stratégie face à un problème ou de switcher entre plusieurs tâches.
- L’initiation qui est une fonction bien trop souvent oubliée, qui agit comme un interrupteur et nous permet de nous mettre en action, de générer des idées, de prendre des initiatives par soi-même.
Celles-ci sont parfois divisées en FE chaudes et froides, selon qu’elles s’appliquent à des situations avec enjeux émotionnels/motivationnels ou à des problèmes décontextualisés et abstraits, comme cela est le cas dans un contexte de passation de bilan neuropsychologique par exemple. (Chevalier, 2010).
Les FE sont donc en quelque sorte à la base du bon fonctionnement cognitif et agissent comme le chef d’orchestre du cerveau. Il est d’ailleurs aujourd’hui admis que les FE jouent un rôle prépondérant dans la réussite scolaire, notamment en mathématiques et en lecture, plus que le QI lui-même (Diamond & Lee, 2011 ; Chevalier, 2010).
De plus, les FE n’interviennent pas exclusivement dans les processus cognitifs, elles jouent également un rôle important dans la gestion des émotions et du comportement (Anderson, 2002), dans l’orientation de l’attention, ainsi que dans la théorie de l’esprit (Chevalier, 2010).
- Comment se développent les Fonctions exécutives ? :
Les FE se développent durant la petite enfance et l’adolescence et terminent leur maturation au début de l’âge adulte, vers 22 ans (Anderson, 2002).
Il y a aujourd’hui un consensus pour dire que les FE sont soutenues par les régions antérieures du cerveau, plus particulièrement le cortex préfrontal (Chevalier, 2010). Le cerveau se développant depuis les régions postérieures vers les régions antérieures, le cortex préfrontal est dans les derniers à finir sa maturation. La lenteur de ce processus permet une grande influence de l’environnement sur le développement des FE (surtout durant la petite enfance). Il a été démontré que même des événements mineurs pouvaient avoir un impact significatif sur le développement du cerveau, notamment sur le cortex préfrontal et donc sur les FE (Kolb, et al., 2012).
- Implication des FE dans les troubles neuropsychologiques :
De nombreux troubles pédiatriques ont comme point commun un dysfonctionnement exécutif. On retrouve ce dysfonctionnement notamment dans le TDAH, les troubles « dys- », l’autisme ou encore dans le syndrome de Gilles de la Tourette (Anderson, 2002 ; Chevalier, 2010).
En effet, l’inhibition interviendrait par exemple dans le contrôle attentionnel en permettant d’inhiber les distracteurs ainsi que les réponses prédominantes (comportementales et cognitives). Comme mentionné précédemment, un déficit exécutif peut également entraîner des répercussions sur les réponses émotionnelles et comportementales telles que l’affect, l’humeur, l’initiative ou le comportement moral (Anderson, 2002).
Juliette Winckler – Neuropsychologue
Bibliographie:
Anderson, P. (2002, August 09). Assessment and Development of Executive Function (EF) During Childhood. Child Neuropsychology, pp. 8:2,71-82.
Chevalier, N. (2010, August). Les fonctions executives chez l’enfant : concepts et développement. Canadian Psychology, 51:3, pp. 149-163.
Diamond, A., & Lee, K. (2011, August 19). Interventions Shown to Aid Executive Function Development in Children 4 to 12 Years Old. Science, 333, pp. 959-96.
Kolb, B., Mychasiuk, R., Muhammad, A., Li, Y., Frost, D. O., & Gibb, R. (2012, October 16). Experience and the developing prefrontal cortex. PNAS, 109, pp. 17186-17193.

Laisser un commentaire